Le goût de la violette

Merci pour cette tes jolie déviation qui invite à se perdre !

L'urgence est au bonheur, by Sophie Ausilio

les petits bateaux de pêche, la Trinité sur Mer, juillet 2018.jpg« Les coques de noix », photo by Sophie Ausilio, juillet 2018

Le goût de la violette

Mes chers amis,

Le ciel aujourd’hui est habillé de gris mais le soleil, habile, fait scintiller les flaques d’eau comme des petits miroirs.

Nous voici installés près de la Trinité sur Mer.

Après avoir farfouillé dans une ressourcerie pour décorer la maison de vacances, nous partons vers le port visiter une petite galerie d’art repérée à l’angle d’un rond-point. Elle est encore fermée mais les sculptures en papier mâché, qui décorent la vitrine dans un joyeux fouillis, réveillent en nous des appétits d’enfant. Nous collons nos nez contre la vitre et regardons avec envie les mobiles colorés qui évoquent les astres. Il règne ici une atmosphère de dessin animé qui donne envie de peinturlurer ses doigts de couleurs primaires.

Nous reprenons la route. Une déviation nous invite à nous perdre. Nous nous arrêtons à nouveau…

Voir l’article original 203 mots de plus

Vincent et Théo

Belle histoire dans l’Histoire, et( j’aime que l’émotion côtoie l’image.

L'urgence est au bonheur, by Sophie Ausilio

la montée d'escalier« La montée d’escalier », photo by Sophie Ausilio, Auvers-sur-Oise, août 2018

Vincent et Théo

Le temps se veut chagrin aujourd’hui. Mais malgré la noirceur des nuages, la lumière se libère et vient caresser la luxuriance de mon jardin. Les verts se magnifient sous l’orage à venir et la mélancolie s’invite. Je pense à mon enfance, à ce tableau qui a bercé mes nuits et cueilli mes réveils et dont j’ignorais alors qui en était l’auteur.

Une simple affiche dans un cadre mordoré, acquise par ma grand-mère avec sa planche de timbres fidélités dans le petit supermarché du coin.

De mon lit, chauffé par l’édredon de plume, mes yeux, alors, se noyaient dans la palette du peintre, dans le ciel tourmenté illuminant un champ de blé. Ambiance d’orage, de tourment, de vent qui embrase les cheveux, de souffle qui refroidit vos joues. Un tableau de Van Gogh qui vous remue le cœur…

Voir l’article original 329 mots de plus

La Tourneuse des épiettes 5, le roi et son peuple vont en bateau

Avertissement : ce blog est à vocation culturelle, écrit au fil des jours, et la tourneuses des épinettes contient aussi des images de nudité ( jamais de pornographie). Avant de poursuivre, en cas de questionnement sur le sens, on peut se reporter à « Pages » sur ce site.


C’est un beau film, et on aime les héroïnes, comme aime toujours un peu les films en costume. Ici, le Révolution française est montrée ( jusqu’en 93) avec la volonté de mener le récit  depuis le côté des femmes, et du  » petit peuple ». Les femmes de la Rue.

bord de seine

Le dialogue utilise un nombre impressionnant de documents, tout semble » vrai » et cependant tout est d’un bout à l’autre comme reconstruit par un usage fort( presque trop fort?) des symboles : on démonte les pierres de la Bastille ( moment hélas très carton-pâte) et voici que la Lumière enfin atteint les rues voisines où le Peuple croupissait bien malgré lui dans la pénombre: symbole, les Lumières ( celles tant vantées du 18ème, voir votre Lagarde et Michard!)P1000299 triomphent.

Voir aussi le très exceptionnel « 14 juillet » évoqué par notre aimable  » Tourneuse » Autre moment : deux députés de la Constituante vont rencontrer le roi pour obtenir une signature majeure. Ils entrent au palais, le roi est seul, dans une grande pénombre, éclairé de deux ou trois bougies.  On se souvient des réformes demandées par Necker, viré trois jours avant la prise de la Bastille et qui voulait des  » économies de bouts de chandelle » , c’est à dire qu’on arrête de changer chaque soir les milliers de chandelles qui éclairent Versailles a giorno . Symbole, solitude du pouvoir, obscurité de la monarchie contre lumière émergeante du peuple, etc .

 

Les séances de l’Assemblée paraissent incroyablement propres sur elles , mesurées comme des séances de pose au couvent des oiseaux pour jeunes filles sages que le regard jamais ne parviendrait à dénuder .

 

On a en mémoire d’autres vociférations, écourtées par…la guillotine.

Pas de quoi rivaliser avec la  » corvée de bois » ou – je préfère- une ancienne balade en forêt ( je continue à m’exposer moi aussi, à  la sortie du théâtre,  pas de raison ! )

 

Bref, on peut voir, mais en sachant que ce n’est PAS une leçon d’histoire, mais une version très personnelle, attachante et « possible ».


François-louis Toffin

La Tourneuse des épinettes 4 repasser « Le Portail »

Avertissement : ce blog est à vocation culturelle, écrit au fil des jours, et la tourneuses des épinettes contient aussi des images de nudité ( jamais de pornographie). Avant de poursuivre, en cas de questionnement sur le sens, on peut se reporter à « Pages » sur ce site.


     Un long moment de fête et de plaisirs simples, amis, soleil, côte de Normandie -Nord ( ce qui est moins complexe que Normandie-Niemen ! ) a reculé le moment d’évoquer François Bizot. Vous ne vous souvenez pas que la mémoire de cet écrivain est revenue en lisant le roman de Nancy Houston, consacré pour moitié à une étrange ( et réussie) introspection historico biographique ( yes! ) de Pol Pot.

 

kmers rouges

     Dans « Le portail«  ( La Table Ronde 2000, et  Folio 2002), François Bizot raconte son arrestation et surtout sa longue et douloureuse détention, mais en insistant aussi sur la cécité des intellectuels français ( dont Jean Lacouture, journaliste très célèbre à l’époque) devant la montée des Khmers dans le Cambodge encore « royal »: une fois encore, sûrs d’eux, les intellectuels professionnels connaissent le monde mieux que personne, malgré les témoignages des acteurs sur place.

     C’est d’ailleurs aussi ce qu’évoque Nancy Houston à propos de l’admiration nettement imbécile pour la Révolution Culturelle chinoise. A Paris, on profite de la vie , les jardins sont chauds, le terrasses au soleil demandent qu’on se rafraîchisse…

     Puis François Bizot est arrêté, enchainé, traité avec l’horreur que croit se permettre sans remords le tortionnaire Khmer , au nom de sa foi en la Révolution du Kampuchéa démocratique. On a oublié ces années – courtes- bouleversantes : un pays plus que décimé, des meurtres et violences de toutes les sortes possible, la famine assumée.

     Douch :  » Camarade, ajouta-t-il péremptoire, il vaut mieux un Cambodge peu peuplé qu’un pays plein d’incapables! »( op cit p192)

     Mais, si tout ce désastre humain est la toile de fond ( parfois insoutenable) du livre-récit, le cœur du livre tient à la relation qui s’établit entre  » DOUCH »-et son prisonnier, le Français. Douch est  patron  de camp glacial , le tragique  » S 21″, et même pas sadique (c’est autre chose, c’est la « conscience politique » de l’épuration d’un peuple ! ), et – cultivé comme la plupart des chefs Khmers rouges – il entretient avec son prisonnier des relations ambiguës : discussions, menaces, rémissions. En même temps, la culture Khmère est dévastée

 

     On le saura plus tard, le « rapport » rédigé sur Bizot( comme sur chacun des innombrables prisonniers) est revenu avec l’ordre de l’exécution, mais Douch ne passe pas à l’acte.

 

Débat : Bizot écrit:  » J’étais pétrifié par la rigueur irrévocable de son discours contradictoire. – Tes idées sont pures et généreuses, camarade, mais elles font peut. Comme je te l’ai dit, je crains que votre révolution ne fasse le lit de vos pires ennemis….Quand va-t-on cesser de faire mourir les hommes au nom de l’Homme? »(ibid ). Pendant ce temps, dédoublés dans leurs visions d’admiration décalée, les intellectuels de France poursuivent leurs déambulations mentales brouillées par le désir de voir ce qu’on désire voir : grâce et volupté

 


     Ensuite-et le récit est subtil dans ses allers-retours – Bizot est libéré. Il raconte son retour, ses errances, les moments tragi-comiques des relations avec  » son  » ambassade( Bizot était déjà chercheur à l’Ecole Française d’Extrême Orient), mêle les histoires de ses amours et des ses déconvenues, ses affrontements pas seulement verbaux avec les révolutionnaires, des effarants moments de l’exil-un long cortège quittant le Cambodge de plus en plus fermé sur lui-même, des morts, des exactions, de la peur vue et sentie.

Le livre se termine sur un dernier chapitre : Bizot revient, plus de quinze ans après, sur les lieux…surprenants instants de chevauchement des mémoires. Il découvre l’ampleur réelle de la violence d’Etat, le génocide. Il ne sait pas encore, à ce moment ému et complexe( il est resté amoureux de ce pays) qu’il devra de nouveau traverser les paysages violents d’une mémoire douloureuse, car il sera cité comme témoin au procès intenté à « DOUCH ». C’est un autre livre! Autre horizon, autre exposition (NB : pour répondre aux sardoniques sourires dévastateurs d’amis, j’ajoute un auto-nu à chaque « Tourneuse », par volonté d’une forme d’équilibre dans » l’exposition. » )

 

 

Petite leçon – sans doute moins d’actualité puisque nous sommes dans un univers qui paraît de moins en moins « engagé » : il s’agit de la  » visite » de communistes français sur place ( on début années 70):  » Cet affichage, par des intellectuels parisiens, de fraternité avec les pauvre Khmers rouges me semblait ridicule et déplacé. Que comprenaient-ils de leurs mobiles et de leur langue, de leur histoire et de leur révolution ? Quasiment rien… « (ibid p 328)

A suivre, ici même, si vous vous intéressez à….

tourneuse texte

Rappel : pour répondre aux sardoniques sourires dévastateurs d’amis, j’ajoute un auto-nu à chaque « Tourneuse », par volonté d’une forme d’équilibre dans l’exposition.


François-louise TOFFIN

La Tourneuse des Epinettes 3 La mitraille sous le portail, on oublie ?

Avertissement : avant lecture, si on veut, et par précaution, se reporter aux « pages » du site, sur  la présence des images et leur sens.


 

Rien à dire, lire et bouger, marcher en parlant : deux façons de s’explorer les saveurs de l’interne en saupoudrant des bonheurs de l’échange.

Donc, après la déambulation parisienne, Nancy rue de Buci, trois gros jours au bout du fond de la France : une pointe de Normandie dans l’océan.  P1000122     Évidemment ( les connaisseurs apprécient) on sort des deux fois cinq heures de voiture en pleine déconfiture mentale -malgré les programmes-soutien de France Culture, et grâce aux surprises de la vie. P1220675On se trouve imbécile.

J’entends les vigilants du bilan, les compteurs de carbone, bien sûr, mais Paris-Cherbourg en train (si on ose encore nommer ça un train)

(et quand il y a des trains, anciens modèles SNCF, juste si on n’a pas le charbon, et pour le retour, donc pas dimanche soir …)

ça vaut une expédition de corsaire qui aurait un peu oublié de faire signer ses lettres de patente par sa majesté, y’a du grave dans la conséquence possible.P1120647.JPG

     A vrai dire, c’était immensément joyeux : l’amie en avait invité une trentaine, des ami (e)s

(et des cousins-cousines) pour célébrer la sortie définitive d’une longue série de maladies, des innommables. La famille est originaire d’un tout poétique village voisin, maison de pêcheur pauvre, la grand mère y vit encore plusieurs mois par an.P1000127

Fête simple et vraie : pas tant d’argent- même si le champagne a été voluptueusement versé ou l’agneau partagé.

Tout le monde (ou presque) réuni pour repas du soir, et balades éparpillées, depuis la base : un équipement de vigie marine totalement ré équipé par les communes : de la salle de veille, en haut, s’aperçoivent les horizons anglo-normands.

     C’est là aussi qu’on bavarde : cousins qui seront restés au pays ( industrie et activités autour du nucléaire : emplois ), des genres de vie et des modes de pensée vraiment différents mais tout le monde réuni par les navigations communes à la voile au cours du temps. Puis, parmi les petites maisons héritées, plusieurs transformées en gîtes pour urbains voisins et travailleurs épisodiques du nucléaire ( l’usine pas si lointaine : période de «  révision », plus de 1500 personnes en plus pour des mois). 1435949088854

     Le soir, les nièces ne sont pas venues dire bonjour, mais on peut imaginer les errements du regard. La perspective de vivre traverse les vitrines du sémaphore – surtout s’il est à l’intérieur de soi-même.

     Fête et – retour de longues randonnées sur les chemins de douaniers – images  de micro villages entretenus par le flot d’argent que distribue l’atome à peine domestiqué ( Prévert s’était acheté une maison tout près , c’était Avant l’usine)- je lis et relis.

     Toujours j’ai deux ou trois livres en cours en même temps. Je me dédouble

( et -ici- je m’expose en double : un ami, lisant la première « Tourneuse », me reprochait d’exposer des nus féminins. Donc, je m’expose double nu masculin !)des doubles sans pudeur

     Pas de risque de mélange : quand ils font de vrais livres, les écrivains savent superposer les univers sans les confondre.

     Pendant ce temps, d’autres boivent les verres de lendemain de fête et les nièces sont venues profiter du dernier soleil.

     Rarement, je lis les «prix », et seulement en «poche » ( plus assez de place et trop cher l’édition originale), mais j’ai lu «L’ordre du jour» ( Actes Sud, 2017) : on n’en finit jamais de ré- apprendre la réalité sur le régime nazi, tellement inscrit dans le fond de paysage allemand années Trente…. (je n’arrive toujours pas à comprendre, alors je lis, même des conneries absolues comme  » Hilter et les sociétés secrètes »). J

J’avais lu, il y a trois ou quatre ans « Conquistadors« ( Babel, actes Sud), là encore une incroyable épopée taillée dans la montagne de documentation. Une course dans les histoires noires de l’Histoire brutale.

P1000299

Aussi, dans une de mes redoutables escapades vers les étalages des bonnes librairies, je n’ai pas résisté à « 14 juillet » : c’est la piste de lecture pour ce jour.

Il faut courir après ce  court livre (200 pages, immensément denses et si légères en même temps).

 

Vraiment, c’est un bonheur de retrouver la malicieuse adresse et l’incroyable malignité avec laquelle  Eric VUILLARD mène son récit .

 

Une documentation de bénédictin ( par exemple les PV de la morgue de Montrouge aussitôt après la prise de la Bastille, et -probablement- la liste des participants repérés à l’émeute) (mais le mélange Histoire/histoires est si réussi qu’on se prend à douter …), une organisation machiavélique de la narration, comme le rappel des jours tout juste précédents (émeutes, famine, canicule) ou la  succession comico-tragique des différentes « ambassades » envoyées par les bourgeois de l’Hotel de Ville.

Les Etats Généraux sont réunis, le roi hésite entre la force et l’absence. Avec une simplicité parfaite, VUILLARD raconte les petits et les violents instants de ces deux jours. On entend la mitraille sur le portail de la Bastille. On le dirait dans la tête et dans la détresse de ce petit peuple qui n’en peut plus. Et qui ne va pas en tirer grand chose bien qu’on tire sur lui.encore la vigie

Alors que les filles de l’Histoire  attendent sous les fenêtres de la Révolution!

Pas de grands mots, pas d’envolées lyriques, mais une continuelle empathie, toute la tendresse pour ces « petits » de l’est parisien, qui vont bousculer toute l’Histoire- mais qui sont déjà en train de se voir dépossédés de leur destin. Des lignes émouvantes et superbes, car l’émotion enrichit l’analyse- et…inversement ! Ce « rien qu’un jour », pas n’importe lequel, trouve brusquement, au fil des pages, une chair que même Michelet ( cité par VUILLARD) peine à coller à son propre récit .
Un peu- bien entendu- j’ai pensé à cette vieille collection jadis consacrée à des « journées », mais dans un travail seulement historique.le-dimanche-de-bouvines-27-juillet-1214

( j’ai cherché le volume dans ma bibli pour le feuilleter, du coup, mais encore un qui j’ai dû finir sa vie chez un ami emprunteur !).

Je voulais continuer avec les échos de Nancy, écrire sur BIZOT ( d’où le titre avec « Portail », et puis comme d’habitude l’écriture flâneuse détourne les pas de la rêverie.

A la prochaine !


François-Louise Toffin

Vous avez pas vu Guy ? La Tourneuse 2

 

Le premier post- pour les rares qui l’ont commenté ( hors site WordPress) – a suscité les réactions attendues : certains n’évoquent rien que le texte, d’autres paraissent avoir apprécié surtout les « voisines de clavier », le plus cher ( et lointain) des amis me tape sur les doigts au sujet des nus- naturellement pas le nu, mais l’irrespect du genre féminin, et « ça » ne passe que parce que c’est moi.

sinon :entête

 

J’avoue que j’ai un peu exagéré la provocation, sur la conviction que l’érotisme et la culture vont de pair. Beaucoup de sociétés « intégristes » ( dont notre si vieille culture occidentale) l’ont prouvé ou le montrent encore, a contrario.

 

Donc, je vais simplement tenter de trouver un équilibre. Bientôt 70 ans que je m’entraine! Bon, c’est vrai, au tout début, l’image de la femme, c’était mère et grands mères. Je me suis rattrapé.

Ce matin ( publié ce soir) : Avez-vous vu Guy?

Après  cette excellente Nancy (« Lèvres de pierre« ), l’autre jour,  j’ai continué un peu à errer dans le bonheur du soleil, quartier Saint Germain.

Désolé pour les copains,            une joyeuse qui court,     p1210741.jpg    une  visiteuse qui s’étonne du paysage parisien,
short a7f29c8c724bd1bf4019f599c33d689e.jpg

ça m’émeut toujours, même après 50 ans de footing.

Ce quartier, Paris centre plus si chic,

D’accord, il y a 75 % de touristes, dont 75 % anglo-saxons, dont 75% de grands buveurs, mais aussi 24,5 % qui sont là pour l’ambiance : serveurs, vendeurs, passantes acharnées à marcher avec des shorts plus courts qu’elles mêmes,

et …moi.

Tout cela finit au cinéma, en soirée : le film de LUTZ : « GUY ». Le comédien y est superbe, entré dans son rôle de chanteur vieillissant qui vit un  » come back » assez imprévisible, après des années plus  » noires » . Parti-pris : un jeune documentariste fait un reportage  » live et vérité, suivant partout la chanteur, y compris chez lui. Le suspense( léger) tient à ce que le reporter est un fils ( inconnu) de la vedette : se tisse lentement une amitié vraie, posée sur une base fausse. Dans la série philosophie de trottoir : ce ne sont pas les plus fragiles !

Mais on sent que chacun vit une relation qu’il aurait aimé voir exister entre père et fils. On a (presque tous) eu des pères, et parfois des fils. Thème de cinéma banal.Ici, l’émotion vient de ce que le fils caché filme le père se découvrant. On ne saura jamais si le fils annonce ce qu’il est. Entre temps, alors que la relation se construit, discrète, toute une série de scènes attendrissantes ou cocasses : concerts du « vieux beau », dîners d’après scène, répétitions ( avec Julien Clerc, autre vieux beau attachant) , voyages de la troupe en car, signatures, moments de dialogue documentariste/chanteur, échanges rudes entre les deux « héros »,et beaucoup d’instant saisis dans le cabanon » de Provence où vit le chanteur , avec une comédienne…et ses chevaux. Trois parodies, aussi ( mais légères, amicales) d’émissions de « promo »…En fait, entre Buci et ciné, je suis passé devant la vitrine d’un tatoueur BCBG : on a bavardé, il se disait spécialisé en fleurs sur fleurs. Langage archaîque, et pas tant que tellement respectueux du genre féminin, passons, d’autant que le travail est superbe. C’est parce qu’il n’à pas voulu m’engager comme apprenti préparateur de champ opératoire que j’ai finalement opté pour »GUY » !

Tout cela est juste, bien fait, jamais lourd. Je parle de « Guy » ! Mais l’intérêt du film, outre la relation indicible quasi père/fils , tient dans l’approfondissement progressif de la  » personnalité » du chanteur : beaucoup moins superficiel qu’il y paraît, pas du tout si con, et même très lucide sur la vie, et sur ses propres limites, faiblesses, petitesses…Travail del’âge : on court moins vite et on pense plus profond…Je vous tiendrai au courant pour mon propre cas. Lui ne se fait pas d’illusions sur ce succès, il en use, et il tente de vivre au mieux ce qu’il sent être bientôt en train de disparaître : ses forces (scène où il est tombé de cheval, scène de fatigue après le concert), ses liens ( scène de rare déjeuner avec le vrai fils, scène d’engueulade violente avec sa compagne), ses bases ( « Tous des connards » hurle t-il en parlant de son producteur). Il aime les femmes et l’alcool, banal, et joliment ( tendrement) mis en image dans les scènes finales, où il partage avec son documentariste de fils clandestin.

 

Touchant, et idée banale pour une type de mon âge animé de sentiments fraternels pour son prochain : oui, derrière chaque vitrine publique, il y a un comptoir privé, mais surtout, en-dessous du comptoir : les méandres complexes mais attachants d’une personne. Avec humour et légéreté , voila ce que dit aussi le film ( qui n’est pas une démonstration, c’est drôle et rapide) : on gagne à creuser l’autre ( mis à part quelques uns méritant …Mmm).

Ensuite on est allés dîner à une terrasse à trois ( lui, à trois et à Paris, hihihi). Ah, la langue !

Si vous avez un ciné à porté de regard, allez-y ( faut se dépêcher, de moins en moins  de films réussissent à durer sur l’écran ciné). Sinon, notez pour un soir VOD:  » Guy », de et avec A.LUTZ, 101 mn garanties de grande qualité.

 

Bon, la prochaine fois, je reviens avec un livre.

 

Bizot et les horreurs des Kmers rouges?

»14 juillet », un tout petit et superbe roman ?

Ma collection préférée de photos de femmes nues ? ( oui, je sais « femmes nues » ça fait ado ou prolo, je ne suis plus aucun des deux. « Voisines de clavier »alors.

Bon, je vais pas me faire des amies!JPC Escobar, la fessée

 

Et si vous êtes bonne lectrice bon lecteur , envoyez moi vos témoignages d’émotion.


François-louise Toffin

 

 

 

 

 

 

 

 

Nancy et Pol Pot sont pas potes rue de Buci , Tourneuse 1

Avertissement : se reporter à « Pages » de ce site.


     Depuis la veille, je lisais  » Lèvres de pierre » de Nancy Huston ( chez Actes Sud, parution aout 2018 ), tout juste reçu en cadeau. Elle est belle, en plus Nancy Huston.

Pendant l’été, j’avais découvert « Bad girl » ( Actes Sud, 2017), en particulier pendant l’interminable vol transatlantique. Drôle de livre, une autobiographie rédigée par le futur bébé pendant sa croissance in utéro. Mais ce sera pour une autre fois : aujourd’hui, « Lèvres de pierre. « IMG_5883

Le long des façades je tournais les pages. C’est normal, pour un numéro 1 de ce blog intitulé

 » Tourneuse « .

J’ai toujours fait ça, non pas commencer des blogs, mais continuer à lire en marchant. Exercice périlleux. J’ai plein de souvenirs là-dessus, y compris le jour où arrivant au Siège, je suis tombé nez-à-nez avec mon big patron, et je lisais son livre le plus détesté.

Bon, encore ça , c’est pas le sujet. Le sujet : ce roman. Mais dans ce quartier, les trottoirs étroits et les filles jolies ralentissent la marche. Sans parler de détourner de la lecture…touriste short a

Autant l’avouer : mes pas rencontrent souvent des Tourneuses, je les nomme Tourneuses  de Sage : la tête tourne. Nul ne sait pourquoi elles apparaissent soudain dans une vitrine, au bord d’une fenêtre, sur un banc- dans la ville.

En vrai, autant vous l’avouer : j’ai un autre « blog », qui fait le sérieux et même presque le « littéraire » (quel ambitieux blanc-bec!). Des heures j’y passe, pesant images et mots. Quel boulot . Du coup, il va vivre sa vie sur des sites qui se veulent « sociaux », et qui ( donc? ah oui ? ) censurent la fesse et le poil. Grand bien lui fa/esse.

Donc ? Ah oui, un deuxième blog, un blog pour parler pas que de soi mais avec les images qu’on aime, et surtout au fil des jours et du clavier.


Eh bien voila : c’est ici,  » La tourneuse des Epinettes »

Revenons aux passantes rue de Rennes, puis rue de Buci: je ne peux rien garantir sur leur existence. Nous sommes dans un monde où on n’est sûr de rien, pauvres de nous. Sur l’émotion produite, oui ! Il faut dire que mon imaginaire pas du tout inhibé se permet un peu de les  » détourer », ce qui n’est pas désagréable à voir, non?bord de seine

Ah oui  : La réunion à Montparnasse avait fini tôt, il faisait beau dans Paris, et j’aime toujours les promenades sans but ni fin. Sauf – inévitable- la faim des lumières sur les tables des bistrot, des éclairs  dans les chevelures des filles. Dans ce quartier, beaucoup de touristes, d’américaines joyeuses : langue forte, shorts, et tous ces gestes un peu en trop.

L’une d’elle s m’a demandé où on se trouvait, pour de juste ?PARIS pexels-photo-1389096

Je l’ai invitée à boire un verre- en toute amitié franco-américaine, bien sûrrrr. Elle avait dû lire  » Bad Girl »( de…qui au fait?  Nancy Huston !) qui n’est pas bégueule en matière de sentiments ni de généreux dévoilements.l'invitée de la terrasse

Nancy, rue de BUCI, (humm, patissier de choix, terrasses pour gogos mais savoureuses, et la librairie d’art).

Bon, ensuite, évidemment  c’était dur d’avancer ( livre et rue), surtout parce que le roman -étonnant- évoque  deux existences : la vie du dictateur cambodgien Pol Pot depuis sa naissance , mais vue de l’intérieur, par lui-même, depuis sa conscience: comment devient -on un bourreau? Et la vie trépidante de Nancy, jeune américaine, en particulier lors de son séjour « type Erasmus » à Paris en pleines révolutions intellectuelles et féministes : comment devient on écrivaine française?

Je vous vois un peu surpris(e) ?Heureusement, les féministes ont gagné (un peu) , les femmes ont gagné (pas mal), et je suis paisible avec mes photos – humour et second degré. Enfin, si on veut.

Dans le roman de Nancy Huston, il y a des pages très drôles quand elle évoque les « grands penseurs » et petites âmes de l’époque, passant la nuit à parler révolution, mais sans renoncer au cigare (cubain) ni à des expérimentations savoureuses de sexe à plusieurs- avec un grand cru de bordeaux pour se remettre. Attente paisible des petites étudiantes.

Me voici lancé dans mes pages de « Tourneuse des Epinettes » , j’ai souri à un passage : elle (Nancy) n’a pas couché avec ce prof d’université là (contrairement à pas mal d’autres). tumblr_chaton

Lui, c’est un  intellectuel désabusé qui s’intéressait à ses étudiants ou à des gamins consommés au Maghreb. Deux lignes, on reconnait ( je reconnais) ce bon vieux Roland Barthes ( lire : de Laurent Binet : » la septième fonction du langage », hilarante chronique de la mort de Barthes, tableau à charge émoustillant de la classe intellectuelle dominante de l’époque.
Donc, me voici lancé dans mes pages à Tourneuse, et je me demande combien de lectrices/lecteurs ( très hypothétiques) peuvent déchiffrer une allusion à Barthes?

     Donc, je lisais Nancy rue de Buci, et m’amusais de ses regards caustiques (mais attendris) sur les mœurs de l’intelligentsia parisienne

qui fréquentait encore ce quartier où je marchais.

     L’autre versant du livre, des pages très fortes dans leur apparente sécheresse documentaire : Pol Pot, et c’est ahurissant : on avait oublié beaucoup d’histoire sur les raisons de sa prise de pouvoir. les horreurs et malheurs de la dictature sanglante sont racontés sans complaisance mais avec une sorte de grande tristesse : Nancy aime l’humanité, les petits, les victimes.

     Le « voyage à l’intérieur » ( dans la conscience de Pol Pot) perme de comprendre une logique terrible ( pas de l’excuser , bien sûr).

      Bref, j’ai continué à marcher en passant devant l’odéon, et je me suis assis sur un banc du jardin du Luxembourg pour finir :

avec les joggeuses et les statues,  toujours pareil, difficile de se concentrer dans les fameux jardins de Paris…

Main l’une de mes voisines de clavier semble supposer que j’arrive ? La suite avec la prochaine tourneuse !

thème :

Entre les menus espaces abandonnés, de temps en temps, ici,derrière les sites froids et réseaux muets, de temps en temps ici un passage plus secret, davantage intime (et parfois impudique), lieu de laissers-allers, au moins aparent

Lire la suite « Nancy et Pol Pot sont pas potes rue de Buci , Tourneuse 1 »